Histoire 0981

Millie, 78 ans, vivait dans une maison de retraite depuis six longues années. Sa santé était encore bonne, mais la solitude l’avait poussée à quitter sa vieille maison. Son fils, Ethan, était parti il y a plus de trente ans. Un jour, après une dispute, il avait claqué la porte, emportant avec lui rancune et silence. Depuis, pas une lettre, pas un appel. Rien.

Ce matin-là, une étrange envie s’était emparée d’elle. Une nostalgie douloureuse……

Elle voulait revoir sa maison. Celle qu’elle n’avait jamais vendue, malgré les années. Elle se disait que, peut-être, toucher ses murs, respirer l’air de son jardin, pourrait combler un vide qu’aucune chambre aseptisée de la maison de retraite n’avait su guérir.

Elle prit un taxi. L’adresse était encore gravée dans sa mémoire comme une prière. En arrivant, elle sentit son cœur se figer….

À la place de sa petite maison de pierre, elle découvrit un manoir imposant. Des murs clairs, un portail automatique, un jardin entretenu avec soin. Rien ne ressemblait à ce qu’elle avait laissé derrière elle.

Désemparée, elle descendit du taxi, ses mains tremblant sur sa canne. Elle marcha lentement jusqu’au portail et essaya sa vieille clé. Inutile. La serrure avait été changée depuis longtemps. Le code n’existait plus…..

Elle chercha un interphone. Elle appuya.

Le silence. Puis des pas. Lents, sûrs.

La porte s’ouvrit. Millie faillit lâcher sa canne.

— Ethan.

Il était là. Devant elle. Vieilli, les cheveux grisonnants, mais c’était lui. Les mêmes yeux, les mêmes traits qu’elle avait tant de fois revus en rêve, ou en cauchemar.

Il resta figé, comme frappé par un fantôme…..

— Maman ?…

Sa voix se brisa sur ce mot oublié.

— Que… que fais-tu ici ? bredouilla-t-elle.

Il ouvrit la porte plus largement.

— Entre, s’il te plaît. Il faut qu’on parle.

Elle hésita. Une tempête de souvenirs déferlait dans sa poitrine. Mais elle entra. Doucement. Les planchers avaient changé. Le salon aussi. Mais au mur, une vieille photo : elle, tenant un petit Ethan dans ses bras. Elle s’arrêta net…….

— Pourquoi cette photo est là ? demanda-t-elle d’une voix cassée.

— Parce que… j’ai acheté cette maison quand j’ai su qu’elle t’appartenait encore. Je l’ai rénovée. Je ne savais pas si tu étais encore en vie. Je t’ai cherchée, maman. Longtemps.

Elle se tourna vers lui, les larmes perlant dans ses yeux.

— Et pourquoi avoir attendu trente ans ? Pourquoi ne pas m’avoir appelée ? Même une fois…..

— Parce que j’avais honte. Parce que j’étais stupide. Parce qu’elle m’avait dit que tu ne voulais plus jamais entendre parler de moi.

Millie recula.

— Ta femme ?

— Oui. Elle… elle m’a menti. Elle a intercepté tes lettres. Je ne savais même pas que tu écrivais.

Millie s’effondra sur un fauteuil. Son cœur battait trop fort.

— J’ai écrit, oui. Pendant des années. Chaque anniversaire. Chaque Noël. Puis j’ai abandonné……

Ethan s’agenouilla à ses pieds.

— Je suis désolé. Si tu savais à quel point.

Un silence tomba. Long. Chargé de regrets et de vérités enfin révélées.

— Tu vis ici ? demanda-t-elle enfin.

— Oui. Depuis deux ans. Seul.

— Et tu as gardé cette photo…

Il hocha la tête.

— C’est tout ce qu’il me restait de toi.

Elle ferma les yeux. Une larme coula sur sa joue…..

— Et maintenant ? Tu crois qu’on peut réparer tout ça ?

Il la regarda.

— Je ne sais pas. Mais je veux essayer. Si tu me laisses.

Elle leva la tête. Le manoir n’était plus une offense. C’était un geste. Une tentative maladroite de reconquête.

— Il faudra du temps, murmura-t-elle.

— J’en ai. Et toi aussi.

Elle sourit faiblement.

— Alors montre-moi la maison. Ma maison. Notre maison.

Il tendit la main. Elle la prit. Et ensemble, ils commencèrent à marcher dans les couloirs du passé, espérant y retrouver un peu de lumière.

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